. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . les glaces qui tapissaient les murs, et dont le plafond lui-même était fait, multipliaient l’image animale d’un accouplement : au plus léger mouvement, nos cœurs rompus s’ouvraient au vide où nous perdait l’infinité de nos reflets.
Le plaisir, à la fin, nous chavira. Nous nous levâmes et nous nous regardâmes gravement. Madame Edwarda me fascinait, je n’avais jamais vu de fille plus jolie – ni plus nue. Sans me quitter des yeux, elle prit dans un tiroir des bas de soie blanche : elle s’assit sur le lit et les passa.
Le délire d’être nue la possédait : cette fois encore, elle écarta les jambes et s’ouvrit ; l’acre nudité de nos deux corps nous jetait dans le même épuisement du cœur. Elle passa un boléro blanc, dissimula sous un domino sa nudité : le capuchon du domino lui couvrait la tête, un loup à barbe de dentelles lui masqua le visage. Ainsi vêtue, elle m’échappa et dit :
— Sortons !
— Mais... Tu peux sortir ? lui demandai-je.
— Vite, fifi, répliqua-t-elle gaiement, tu ne peux pas sortir nu !
Elle me tendit mes vêtements, m’aidant à m’habiller, mais, le faisant, son caprice maintenant parfois, de sa chair à la mienne, un échange sournois. Nous descendîmes un escalier étroit, où nous rencontrâmes une soubrette. Dans l’obscurité soudaine de la rue, je m’étonnai de trouver Edwarda fuyante, drapée de noir. Elle se hâtait, m’échappant : le loup qui la masquait la faisait animale. Il ne faisait pas froid, pourtant je frissonnai. Edwarda étrangère, un ciel étoile, vide et fou, sur nos têtes : je pensai vaciller mais je marchai.